Mgr Dominique Le Tourneau

Le dernier voyage missionnaire de Paul (suite)

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Revenons à Troas ou Troade, où nous retrouvons Paul en train de prêcher l’Évangile. Intervient ici l’épisode du jeune Eutyque qui, « assis sur le bord de la fenêtre » (Ac 20, 9), « s’endormit profondément » pendant le discours de Paul et se tua en tombant du troisième étage. La précision de la hauteur renforce la grandeur du miracle opéré par Paul, qui ressuscite le défunt. Puis il reprend le fil de son discours qui, comme le précise saint Luc, est un « long discours », et, après être remonté, « il rompit le pain et mangea — de nouveau la sainte Cène — et il parla longtemps encore, jusqu’au jour » (Ac 20, 11). Le prédicateur apprend par l’endormissement d’Eutyque que les discours même enflammés, comme devait l’être celui de saint Paul, peuvent avoir un effet lénifiant sur l’auditoire… et ne pas s’en inquiéter ! Nous l’avons dit hier, c’est l’Esprit Saint qui a le rôle prépondérant, et c’est lui que nous devons écouter dans notre cœur et dont avons aussi à nous faire entendre. « Seigneur, écoute ma voix ; que tes oreilles soient attentives aux accents de ma supplication ! Si tu gardes le souvenir des iniquités, ô Seigneur, qui pourra subsister ? » (Ps 130, 2-3). Comme le prêtre le dit à la messe, juste avant la communion : « Ne regarde pas nos péchés mais la foi de ton Église » ; « assure toi-même la paix de notre vie, arrache-nous à la damnation et reçois-nous parmi tes élus ». Seigneur, nous te le demandons avec force, malgré la conscience que nous avons de nos faiblesses, ou plutôt précisément en raison de cette conscience.

En tout cas, fides ex auditu, « la foi naît de la prédication, dit saint Paul, et la prédication se fait sur la parole du Christ » (Rm 10, 17). Et il dit à l’adresse des Colossiens, « quoi que vous fassiez, en parole ou en œuvre, faites tout au nom du Seigneur Jésus, rendant grâces par lui à Dieu le Père » (Col 3, 17). Et, comme Pierre l’a déclaré devant le Sanhédrin, ainsi que Luc le rapporte dans les Actes, « le salut n’est en aucun autre ; car il n’y a pas sous le ciel d’autre nom qui ait été donné aux hommes, par lequel nous devions être sauvés » (Ac 4, 12). C’est le « nom qui est au-dessus de tout nom » et au prononcé duquel tout genou doit fléchir « dans le monde céleste, terrestre et infernal, pour que toute langue confesse que Jésus-Christ est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père » (Ph 2, 9-11). En vérité, « tu es digne, notre Seigneur et notre Dieu, de recevoir la gloire, l’honneur et la puissance, car c’est toi qui a créé toutes choses, et c’est par ta volonté qu’elles ont eu l’existence et ont été créées » (Ap 4, 11). Et, avec « toutes les créatures qui sont dans le ciel, sur la terre, sous la terre et sur la mer, tous les êtres qui s’y trouvent », nous disons, suivant la vision de saint Jean à Patmos : « À Celui qui est assis sur le trône et à l’Agneau soient la bénédiction, l’honneur, la gloire et la domination pour les siècles des siècles ! » (Ap 5, 13-14).

Nous avons laissé Paul à Troas. De là, il effectue le voyage à pied jusqu’à Assos, d’où il poursuit sa route par la mer. Il décide de ne pas s’arrêter à Éphèse afin de « se trouver, s’il était possible, à Jérusalem le jour de la Pentecôte » (Ac 20, 16).

C’est à Jérusalem que va se jouer le sort de Paul. Nous nous transportons en esprit à ce centre spirituel, car « le point de référence spirituel de l’Ordre Équestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem est le Saint-Sépulcre, c’est-à-dire l’endroit où le mystère de la Résurrection du Seigneur Jésus est spécialement célébré, cette Résurrection qui est le fondement de la foi des catholiques et de tous les chrétiens », comme l’écrit notre Lieutenant [1]. C’est vers Jérusalem que notre cœur et notre pensée s’envolent chaque fois que nous répétons « nous vous adorons, ô Christ, et nous vous bénissons parce que vous avez racheté le monde par votre sainte Croix ».

Je te salue, ô Croix, qui dispenses la vie. Par le Sauveur qui meurt accorde une demeure Où la soif d’éternel bonheur soit assouvie Et entendue à tout jamais notre clameur.

Sur l’horizon, ô Croix, tu parais radieuse.
Tes charmes sans égal essuient toutes nos larmes,
J’entends ta mélodie si miséricordieuse
Qui nous met à l’abri d’une inquiétante alarme.

La vénération t’es due, Croix glorieuse,
Toi qui as terrassé à tout jamais la Gueuse,
Et par toi refleurit le rameau de Jessé
La loi est redressée, que l’homme a transgressée

Je m’incline devant toi, ô Croix salutaire.
Par un arbre, le monde avait reçu la mort,
Et désormais à ta source il se désaltère,
Et chaque Vendredi saint, il le commémore.

Tu te révèles, ô Croix, purificatrice.
Ta vigueur vient masquer nos vieilles cicatrices.
Devenue un nectar, tu es notre étendard,
Qu’en procession on porte après la fanfare.

[1Me A. DAMIEN, « Directives…, o.c., p. 235

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