Mgr Dominique Le Tourneau

Le déroulement de la liturgie des heures

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B) Le déroulement de la Liturgie des Heures

Je me limiterai ici au déroulement de la Liturgie des Heures dans le temps ordinaire, omettant, sauf exception, toutes les particularités propres aux différents temps liturgiques.

L’office est introduit par l’invitatoire : « Seigneur, ouvre mes lèvres. Et ma bouche publiera ta louange », suivi du psaume 94.

Les laudes sont destinées à sanctifier les heures du matin, comme l’exprime saint Basile le Grand : « Louange du matin, pour consacrer à Dieu les premiers mouvements de notre âme et de notre esprit, pour que nous n’entreprenions rien avant de nous être réjouis à la pensée de Dieu, selon ce qui est écrit : « Je me suis souvenu de Dieu et j’y ai pris mes délices » (Ps 76, 4), et pour que nos corps, de même, ne se mettent pas au travail avant que nous ayons accompli ce qui est écrit : « Je dirigerai vers toi ma prière, Seigneur ; au matin tu exauceras ma voix ; au matin je me tiendrai devant toi et je te verrai » (Ps 5, 4-5) » . Cette Heure évoque aussi la Résurrection du Christ, « lumière véritable éclairant tous les hommes » (Jn 1, 9), « soleil de justice » (Mi 3, 20) et « soleil levant qui vient d’en-haut » (Lc 1, 78). « Le matin il faut prier, dit saint Cyprien, afin que la Résurrection du Seigneur soit célébrée par une prière matinale » .

L’office du matin commence par le verset d’introduction : « Dieu, viens à mon aide. Seigneur, à notre secours », suivi du « Gloire au Père... » avec « Au Dieu qui est... » et l’Alléluia, omis en carême. Puis on chante ou l’on récite l’hymne appropriée. Dans la célébration communautaire, le chant doit être préféré à la simple récitation. Saint Paul ne disait-il pas : « Chantez à Dieu de tout votre cœur avec reconnaissance, par des psaumes, des hymnes et des cantiques inspirés » (Col 3, 16) ; « Récitez entre vous des psaumes, des hymnes et des cantiques inspirés ; chantez et célébrez le Seigneur de tout votre cœur » (Ep 5, 1) ? Nous nous rappelons que, selon saint Augustin, qui cantat, bis orat. L’hymne a pour objet « de donner à chaque Heure ou à chaque fête sa tonalité propre, et de rendre plus facile et plus joyeuse l’entrée dans la prière » (n° 42).

La Liturgie des Heures « a recueilli le meilleur de la production hymnodique latine de l’Antiquité et du Moyen Âge, ainsi que certaines pièces modernes, en tout 291 hymnes" . Les hymnes françaises sont pour la plupart des créations contemporaines, faites avant tout pour être chantées.

L’hymne est suivie de la psalmodie, à savoir un psaume, un cantique de l’Ancien Testament et enfin un psaume de louange. En soi, le psaume est, pour reprendre des termes de saint Ambroise de Milan, « la bénédiction du peuple, la louange de Dieu, l’acclamation du peuple, l’applaudissement de tous, le discours universel, la voix de l’Église, la confession de foi retentissante, la dévotion pleine d’autorité, la joie de la liberté, l’expression du contentement, l’écho de la félicité » . À chaque Heure, « chaque psaume est précédé d’un titre indiquant son sens et son importance pour la vie humaine du croyant. (...) Pour faciliter la prière à la lumière de la Révélation nouvelle, une phrase du Nouveau Testament et des Pères y est ajoutée, qui invite à prier dans le sens christologique » (n° 111). Après le psaume vient la lecture brève d’un texte de l’Écriture, différent chaque jour. Puis on dit avec son antienne le cantique de Zacharie, le Benedictus. des prières d’intercession pour consacrer à Dieu la journée et le travail, le Notre Père et l’oraison de conclusion. La célébration communautaire s’achève par une bénédiction, si un prêtre ou un diacre la préside.

Après l’office du matin, vient l’office des lectures, qui propose « une riche méditation de la Sainte Écriture ainsi que les plus belles pages des auteurs spirituels » (n° 55). Il a été longuement question des Écritures lors de notre retraite à Saint-Walfroy, l’an dernier. Je ne m’y attarderai donc pas. Une citation de saint Augustin suffira à nous en rappeler l’importance : « Dieu nous parle par ses lectures, parlons-lui par nos prières. Si nous écoutons avec obéissance ses paroles, il habitera en nous, celui que nous implorons » . Comme la prière des fidèles « doit aller de pair avec la lecture de la Sainte Écriture, pour que s’établisse le dialogue entre Dieu et l’homme », car « nous lui parlons quand nous prions, mais nous l’écoutons quand nous lisons les oracles divins », écrit saint Ambroise , l’office divin « comporte également des psaumes, une hymne, une oraison et d’autres formulaires ; il présente le caractère d’une véritable prière » (n° 56). Les psaumes sont au nombre de trois, ou d’autant de sections de psaume si le psaume est trop long. « Entre la psalmodie et les lectures, on dit habituellement un verset qui fait passer, dans la prière, de la récitation des psaumes à l’audition des lectures » (n° 63).

La première lecture est biblique et « suit un cycle annuel, en tenant compte du double cycle des lectures de la messe pour qu’ils viennent les compléter » (n° 153), ce qui explique l’absence des Actes des apôtres, de l’épître aux Romains et de la première Corinthienne. La seconde lecture est patristique ou, éventuellement, hagiographique. Les textes patristiques sont au nombre de 596, depuis la Lettre de saint Clément de Rome jusqu’au concile Vatican II et à Paul VI, avec une majorité de Pères antérieurs au VIIIe siècle, et une bonne représentation des Pères orientaux. Les lectures hagiographiques sont des écrits des saints, les Actes des martyrs, ou des textes contemporains en lien avec la réforme du calendrier des saints réalisée à la suite du concile Vatican II.

Aux lectures fait suite un répons. Dans l’édition française de la Liturgie des Heures, les répons sont entièrement originaux, en ce sens qu’ils ne sont pas la traduction du texte latin, mais sont notablement plus développés et remplissent « admirablement la fonction du répons, qui est de prolonger la lecture sur un mode poétique et de nourrir la prière » . Le Te Deum est alors chanté ou lu « aux dimanches en dehors du carême, aux jours dans l’octave de Pâques et de Noël, aux solennités et aux fêtes » (n° 68). L’office de lecture se termine par une oraison suivie, dans la célébration commune, de l’acclamation : « Bénissons le Seigneur. Nous rendons grâce à Dieu. »

L’Heure médiane ou du milieu du jour serait à placer ici. C’est l’une des trois heures de tierce, sexte et none, les deux autres étant facultatives. Elles restent obligatoires pour ceux qui mènent la vie contemplative. Cette heure commence par le même verset d’introduction que les autres heures. On dit ensuite l’hymne appropriée, puis la psalmodie, la lecture brève suivie du verset et l’oraison de conclusion.

L’Heure suivante est celle des vêpres, dont la structure est identique à celle des laudes, à ceci près que le cantique psalmodique n’est pas tiré de l’Ancien Testament mais des épîtres ou de l’Apocalypse et que la cantique évangélique est exclusivement le Magnificat. L’office du soir est célébré dans la soirée, alors que le jour baisse, « afin de rendre grâce pour ce qui, en ce jour, nous a été donné, ou pour ce que nous avons fait de bien » . Il peut être compris dans un sens très spirituel, « comme le véritable sacrifice du soir, soit en tant qu’il est transmis par le Seigneur, notre Sauveur, aux apôtres lors de la Cène, quand il inaugurait ainsi les mystères saints et sacrés de l’Église ; soit comme le sacrifice du soir qu’il a offert à son Père le jour suivant, c’est-à-dire à la fin des temps, par l’élévation de ses mains, pour le salut du monde entier » . « Enfin, pour diriger notre espérance vers la lumière qui ne connaît pas de crépuscule, « nous prions et demandons que la lumière revienne sur nous, nous demandons l’avènement du Christ qui doit nous apporter la grâce de la lumière éternelle » » (n° 39). Et l’Église unit sa voix aux Églises d’Orient en invoquant la « Joyeuse lumière de la sainte gloire du Père céleste et éternel, le bienheureux Jésus-Christ ; parvenus au coucher du soleil, en voyant la lumière du soir, nous chantons Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit ».

Complies est la dernière prière du jour, juste avant le repos de la nuit, « même après minuit le cas échéant » (n° 84). Il commence par le même verset que les autres Heures : « Dieu, viens à mon aide » avec « Gloire au Père », « Au Dieu qui est » et « Alléluia ». L’examen de conscience peut trouver sa place ici. Suivent l’hymne appropriée et la psalmodie, une lecture brève avec le répons « Entre tes mains je remets mon esprit », puis, avec son antienne, le cantique de Siméon, le Nunc dimittis, « qui est en quelque sorte le sommet de toute cette Heure liturgique » (n° 89). Après l’oraison interviennent la bénédiction, même dans la récitation en solo, puis une antienne à la Sainte Vierge, qui est toujours le Regina caeli au temps pascal.

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Pour terminer, rappelons que l’office divin est la prière continuelle et officielle de l’Église. Le Christ s’y associe la communauté humaine, car, comme le dit l’Apôtre, « nous ne savons pas ce que dans nos prières il nous faut demander ; mais l’Esprit Saint intercède lui-même pour nous par des gémissements ineffables » (Romains 8, 26). Saint Augustin fait remarquer pour sa part que « Dieu ne pourrait pas accorder de plus grand bienfait aux hommes (...) (Jésus) prie pour nous comme étant notre Chef ; nous le prions comme notre Dieu (...) Reconnaissons donc nos voix en lui et sa voix en nous (...). Il reçoit nos prières dans la forme de Dieu ; il prie dans la forme de serviteur ; créateur dans l’une, créé dans l’autre, il fait sienne, sans changer, la nature à changer, et de nous avec lui il fait un homme, la tête et le corps » .
L’homme doit y répondre par l’attention et la piété de l’âme, afin de faire siens les sentiments qui nous élèvent vers le ciel et se rapprochent de ceux par lesquels « nous adorerons la Sainte Trinité en lui adressant les louanges et les actions de grâces qui lui sont dues » . « Quand nous psalmodions, soyons tels que notre esprit s’accorde avec notre joie », dit la Règle dite de saint Benoît . Et Pie XII de nous faire remarquer qu’il « ne s’agit pas uniquement d’une récitation ou d’un chant qui, malgré la perfection due à sa conformité aux règles de l’art musical et des rites sacrés, toucherait uniquement les oreilles ; ce dont il s’agit, c’est avant tout de l’élévation de notre esprit et de notre âme vers Dieu afin de lui consacrer pleinement, en union avec Jésus-Christ, nos personnes et toutes nos actions » .

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